Les maladies respiratoires : les diagnostiquer, les traiter mais surtout les prévenir

Les journées viande bovine, proposées en décembre par la Chambre d’agriculture, ont été l’occasion de retrouver éleveurs, conseillers et vétérinaires (Docteur Paul GOSSET et Philippe LECLERCQ de l’association VET’EL) autour des pathologies respiratoires. 

Des maladies
multifactorielles

Les pathologies respiratoires sont des pathologies multifactorielles rencontrées chez les jeunes bovins de moins de 24 mois durant l’automne-hiver en bâtiment. Les agents pathogènes les plus courants et pour lesquels une lutte devra être mise en place sont le Virus Respiratoire Syncytial Bovin, les bactéries du types Pasteurelles et le Virus P.I 3.

Le Virus RS représente 75% des infections respiratoire virales. Il agit soit seul (dans 50% des cas), soit associé à des Pasteurelles, au virus BVD ou P.I 3. L’évolution de la maladie est très rapide. Dans le meilleur des cas l’animal combat le virus et en guérit. Dans les autres cas, le virus dégrade l’escalator mucociliaire de l’animal, inactive les macrophages alvéolaires et empêche l’expulsion de l’air présent dans les alvéoles les faisant exploser, c’est l’emphysème pulmonaire. Ces dégradations en partie irréversibles engendrent des difficultés respiratoires chroniques voire la mort de l’animal. Le virus BVD ne provoque que peu de maladie respiratoire mais agit comme cofacteur en rendant les animaux  immunodéprimés et donc plus sensibles aux autres infections. Les Pasteurelles regroupent Pasteurelle Multocida et Mannheimia haemolytica. Ce sont des hôtes normaux des cavités nasales du bovin. Chez les animaux diminués, leur nombre augmente et vont migrer dans les poumons. Quant à la Mannhemia Haemolytica, elle produit une toxine, la leucotoxine, qui détruit les macrophages alvéolaires.

Du diagnostic
au traitement

Cette violente réaction inflammatoire engendre un dépôt de sang et fibrine au sein des alvéoles qui rend les poumons inutilisables à l’aspect de « fromage de tête ».

Le diagnostic des agents responsables des pathologies respiratoires se fait en laboratoire et est relativement long. Afin de limiter la gravité de l’infection il est primordial de la traiter efficacement dès les premiers symptômes. La toux sèche ou grasse, les écoulements nasaux et oculaires, clairs et épais ainsi que la respiration accélérée (« coup de flanc ») sont des symptômes spécifiques mais discrets aux premières heures de la maladie. Seule la température augmente rapidement, c’est  la conséquence directe d’une infection. Pour réaliser un diagnostic clinique rapide et sûr, il est nécessaire de prendre la température rectale des animaux suspects (animaux abattus avec ou sans symptômes spécifiques) ainsi que celle de tous les autres congénères (même lot, case).

Les animaux ainsi diagnostiqués doivent être traités à l’aide d’un antibiotique associé à un anti-inflammatoire non stéroïdien. Le choix de l’antibiotique dépend de sa durée d’action, de la gravité de l’infection ainsi que des traitements déjà effectués. Dans le cas où 20% du lot est atteint il est impératif de traiter tous les animaux.

Prévenir
plutôt que guérir 

La prévention des maladies respiratoires commence par de bonnes conditions d’élevage. L’accent doit être mis sur l’ambiance des bâtiments d’élevage. Ces derniers doivent respecter des normes générales de température, d’humidité et de renouvellement de l’air. Le renouvellement de l’air est relativement important et ne doit engendrer aucun courant d’air au niveau des parcs des animaux. L’utilisation de fumigènes est un moyen efficace pour analyser les défauts des bâtiments et donc de les améliorer. Les changements de régime, le stress lors des transports et des manipulations, les mises en lots et les mélanges adultes/jeunes animaux sont à réaliser avec précaution. Les densités animales trop élevées sont une cause importante des problèmes respiratoires rencontrés de façon chronique.

La vaccination, elle, a pour objectif de limiter l’action du principal responsable, le virus RS. Elle est réservée aux jeunes animaux qui ne possèdent pas encore la capacité de se défendre seul. Un large choix de vaccin vous est offert. A vous de choisir le ou les virus à combattre ainsi que les modes d’administration. Les vaccins injectables mettent en place au bout de 6 semaines une immunité complète et efficace sur plusieurs mois (rappel à 1 mois). Les vaccins intra-nasals apportent une immunité locale au bout de 5 jours mais ne dure que 8 semaines. Ils peuvent cependant être utilisés dès 8 jours de vie. Pour assurer une protection complète et rapide, le protocole de vaccination doit prendre en compte ces différences.

Pour les animaux nés fin autonome – début hiver en bâtiment, il est conseillé d’utiliser un vaccin intra-nasal à 8 jours puis un vaccin injectable à 2 et 3 mois. Pour ceux nés en janvier-février-mars, le vaccin intra-nasal peut suffire pour atteindre la mise à l’herbe début avril. Mais attention, la protection contre le virus ne sera pas totale et une vaccination par injection sera nécessaire à la prochaine entrée en bâtiment. Pour finir, ceux nés en pâture durant l’été, la vaccination doit être réalisée dans les 2 mois avant la rentrée en bâtiment (rappel compris) pour être complète. La vaccination des animaux adultes n’a d’intérêt que dans les élevages ou la pression virale est importante (infection des veaux des 2 jours). Limiter la quantité de virus peut protéger indirectement les jeunes veaux.

Des règles à respecter

Les traitements et les vaccinations doivent respecter des règles élémentaires pour être réussis. Les doses, les durées et les voies d’administrations doivent être respectées.  Pour les jeunes veaux, il est recommandé de doubler les doses ou de traiter pour un poids vif de 100kg (voir notice d’utilisation de vos produits). Le matériel doit être propre et adapté. Les mélanges de vaccin, d’antibiotique ou d’anti-inflammatoire sont à proscrire pour éviter toute perte d’efficacité. Pour de meilleur résultat de vaccination, il est recommandé de vermifuger au préalable les animaux. Les pathologies respiratoires sont des maladies courantes aux conséquences techniques et économiques importantes. La lutte doit être réfléchie et la prévention efficace. Vos vétérinaires et vos conseillers d’élevage de la Chambre d’agriculture sont là pour vous y aider.

Paul LAMOTHE
et Guy CORBEILLE
 

Conseillers Viande Bovine 

Chambre d’agriculture du Nord-Pas de Calais 

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