« Moins de volumes et plus de diversification »

Jean-Marc Jancovici, ingénieur de l’École polytechnique, est consultant, enseignant et fondateur de la société Carbone 4. Il était l’invité du Geda du Ternois lors de sa dernière assemblée générale.

Le Geda du Ternois était en assemblée générale le lundi 21 mars à Saint-Pol-Sur-Ternoise. Jean-Marc Jancovici était l’invité d’honneur. Il est à l’origine de la méthode du Bilan carbone déployé par l’Ademe et l’auteur de plusieurs ouvrages sur les questions de l’énergie et du changement climatique. Son dernier livre : « Dormez tranquille jusqu’en 2100 ».  Dans cet ouvrage, il explique les choix énergétiques et le changement climatique, mais aussi les questions de gaz à effets de serre, qui déstabilisent le système.
Lors de son intervention, il est revenu sur tous ces sujets et pour lui, l’action doit être immédiate. Il a ensuite donné des axes concernant la production agricole. « Toutes les suggestions que nous pouvons faire sur la manière de s’attaquer au problème climato-énergétique ont une caractéristique en commun : opter pour le collectif. Nous sortons de deux siècles « faciles », d’un monde en croissance. Nous avons progressivement construit un système de règles du jeu avec lesquelles chacun peut faire exactement ce qu’il veut dans son coin sans trop se soucier de ce que font les autres. Mais dans un monde contraint, cela ne fonctionne pas : vous êtes obligés de vous entraider et de prendre en compte ce que font les autres. C’est la raison pour laquelle les pays qui ont été très contraints sur le plan géographique pendant l’essentiel de leur histoire, comme les Scandinaves, les Suisses et certains insulaires, sont des gens très solidaires et très collectifs.»
Plus de diversification
Il poursuit : « Il n’y aura pas de solution individuelle à ce problème. Les grandes lignes directrices qui me semblent faire sens sur la production agricole sont donc les suivantes : moins de volumes, plus de diversification, plus local, moins carné, plus cher et plus intensif en main-d’œuvre. Pour mettre en route un tel fonctionnement, la mondialisation et la solution au problème ne sont pas compatibles. Alors, comment se protéger contre ce genre de chose ? Il y a une protection historique qui fonctionne très bien et qui s’appelle les labels, les AOC… Car ce sont par définition des productions que vous ne pouvez pas faire ailleurs. Je suis également partisan d’un retour au système de quotas avec des prix corrects en faveur des producteurs. »
Enfin, il conseille : « Les prix de l’alimentation sont tombés à des taux ridiculement bas : 2 % de ce que vous gagnez sert à nous nourrir ! Il faut également remettre de la valeur ajoutée de transformation au plus près de l’exploitation. Le bon système est quelque chose qui se rapproche plus de la polyculture-élevage. Et rien de tout cela ne se fait sans règles de protection. Enfin, il me semble essentiel de bien comprendre tous les bénéfices écosystémiques dont on peut bénéficier hors chimie de synthèse. Une fois que j’ai dit cela, tout reste à faire ! »

Nicolas LAURENCE

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